Diplômé de La Cambre en 2018, et lauréat du prix des Arts catégorie Dessin et Peinture 2018 de Woluwe-Saint-Pierre, Robin Wen vit et travaille à Bruxelles. La pratique picturale de l’artiste explore l’univers du monde de la Free Party à travers son mode de vie dont une jeunesse en quête de liberté. Une démarche initialement biographique et documentaire. En utilisant ses archives personnelles ou des objets provenant de sa vie quotidienne, Robin Wen traite avec force et sensibilité les fragilités et les violences de ce milieu rural. Devenus des « objets anthropologiques » ses peintures sont des témoins d’un univers oscillant entre le fantastique et le réalisme. Cette pratique s’inscrit dans la tradition de la peinture de genre que l’artiste détourne et se réapproprie.

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Robin Wen (1994) donne sa vision personnelle des « free party » ou « rave party » auxquelles il accorde le statut de cérémonie chamanique plantée dans quelque territoire rural en tant qu’espace- temps d’une liberté pimentée d’interdit transgressé. Pour illustrer ces manifestations décalées par rapport à la légalité, il a choisi un réalisme sans outrance, rassurant, en opposition formelle avec la perception sociétale de ce phénomène à la fois contestable et contestataire. En attestent : ses portraits d’individus rendus anonymes parce que peints de dos ; son étude en vue de transcrire l’ambiance d’une de ces « party » entre bovins et frontières végétales ; sa transposition minutieusement dessinée au stylo bille d’une tente abritant d’éventuels fêtards invisibles.

 

Michel Voiturier, «génération 90» Flux News 2021

 

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Le travail de Robin Wen est constitué de scènes qu'il compose à l'aide d'images préexistantes servant de support à ses compositions. Ces images utilisent des codes empruntés aux raves parties animées d'une forte charge symbolique. Si le style de l'artiste évoque la peinture figurative anglaise (scènes de chasse et natures mortes), un contraste s'opère entre cette apparente poésie et le choix d'un sujet contemporain axé sur la représentation sociale des free party. Dans sa fonction sociale, la free party consiste à la réunion de protagonistes lors de cérémonies païennes clandestines qui évoquent les pratiques chamaniques et celtiques. À l'écart de la société, dans l'obscurité, ces fêtes réunissent des tribus de tous les milieux, de toutes tendances, au cœur d'espaces préservés favorisant un retour à la nature. À l'instar des tribus celtiques ou même gitanes, le rassemblement autour d'un centre techno punk anarchiste attire une jeunesse dansante. Sous les drapeaux pirates, la meute s'organise entre les véhicules retapés et surmontés de soundsystem, les chiens en liberté, les tentes, la terre, la boue… Liberté

 

Camille Brasseur, Galerie Le[Cloître] 2020

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Des manifestations sonores comme un cri dans le vide. Robin Wen présente des images allégoriques des « free party », itinérantes musicales clandestines contemporaines, tribales et rurales, dont il s’approprie les codes et les rites pour nous les dévoiler en partie dans son travail polymorphe. L’une des manifestations perceptibles dans ses peintures, ses dessins et son installation, est de nous faire ressentir les basses du « tribe » étouffées comme si elles nous parvenaient dans un cocon prénatal. Partant de scènes constituées à partir d’images préexistantes (photos) ou fabriquées (souvenirs), il mêle les références à la peinture ancienne (drapés, natures mortes, scènes de chasse, triptyque) à sa propre expérience, ses propres sensations, ses propres pulsations.

 

Régine Carpentier, Prix Coup de Coeur des Amis de La Cambre 2018

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Dans sa fonction sociale, la Free party fait participer les protagonistes à des cérémonies, comme des rituels sacrés, dans une logique chamanique quasi religieuse. Des tribus anonymes, visages sous capuches, tentes et silhouettes kakis se fondent dans son décor. À l’écart de la société, dans l’obscurité, la Free party prend place dans des lieux non habités; champs à perte de vue, terrains couverts d’arbres, jusqu’aux catacombes sombres, si bien qu’elles pourraient ne s’être jamais manifestées. Les lieux choisis sont hétérotopiques, éphémères: ce sont en quelque sorte des non lieux. 

 

L’artiste évoque un monde de corps fins, nerveux, une jeunesse qui dort à l’abri des ventres des véhicules, avec les chiens. Des drapeaux pirates flottent dans le vent, des troupes dansent sous la résonance d’un rythme de tambour. Les manifestations sonores sont paradoxales, illégales, revendiquent une liberté musicale qui résonnerait dans le vide comme un cri silencieux. 

Ces sound systems sont indépendants et véhiculent dans leur constitution un élan contestataire qui leur est propre. Leurs noms évoquent cette pensée : Erreur 404, Animaltek, System51, Les enfants sages, Requiem, Anonymes, Electrocution, CirkusAlien, Spiral Tribe... 

 

Le travail de Robin Wen est constitué de scènes qu’il compose à l’aide d’images préexistantes et fabriquées. Ces images utilisent des métaphores et des codes qui leur sont propres, au sein desquelles les lieux et les participants revêtent des charges symboliques fortes. L’évocation de la peinture

historique - drapés, natures mortes, scènes de chasse - amène un regard critique et poétique sur la représentation sociale actuelle des Free party.